L'allaitement est l'un des sujets les plus documentés - et les plus débattus - de la recherche en pédiatrie. Deux études publiées en juin 2026, l'une suédoise sur l'asthme, l'autre norvégienne sur les symptômes de TDAH, apportent un éclairage intéressant sur les bénéfices potentiels de l'allaitement exclusif durant les premiers mois de vie. Voici ce qu'il faut en retenir, avec la prudence que mérite toute donnée scientifique.
Une cohorte suédoise suivie sur 24 ans
Le lien entre allaitement et risque d'asthme fait débat depuis des décennies. Les études se contredisent souvent, en grande partie à cause de différences de méthodologie : définitions variables de l'asthme, façons différentes de mesurer la durée d'allaitement, durées de suivi inégales.
C'est pour répondre à ces zones d'ombre qu'une équipe suédoise (Kull et coll.) a suivi près de 4 000 enfants depuis la naissance jusqu'à l'âge de 24 ans, avec des prélèvements sanguins réguliers pour mesurer les marqueurs de sensibilisation allergique (IgE).
Le résultat principal : un allaitement exclusif d'au moins 4 mois est associé à une réduction de 25 % du risque d'asthme jusqu'à l'âge adulte. L'effet est particulièrement marqué pour l'asthme qui débute avant 12 ans et pour les formes persistantes de la maladie, avec une réduction de risque de 36 % dans ce cas. En revanche, aucun lien n'a été observé avec l'asthme qui apparaît plus tardivement à l'âge adulte.
L'allaitement exclusif est aussi associé à une diminution de la sensibilisation IgE-dépendante, c'est-à-dire le mécanisme immunitaire à l'origine de nombreuses allergies.
Un détail méthodologique mérite d'être souligné : lorsque les chercheurs ont exclu de leur analyse les enfants ayant présenté des symptômes allergiques précoces (eczéma, sifflements respiratoires), l'association entre allaitement et protection contre l'asthme s'est renforcée. Cela suggère que dans certaines études antérieures, l'effet protecteur réel de l'allaitement avait pu être sous-estimé : les mères d'enfants présentant déjà des signes allergiques ont souvent tendance à allaiter plus longtemps, ce qui peut brouiller les résultats si ce facteur n'est pas pris en compte.
Une cohorte norvégienne de plus de 37 000 enfants sur le développement
Une seconde étude, menée par l'université de Bergen en Norvège, s'est intéressée à un tout autre sujet : le lien entre allaitement et symptômes de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité).
Plus de 37 000 enfants nés entre 1999 et 2009 ont été suivis, avec des évaluations à 3, 5 et 8 ans. Les chercheurs ont constaté que plus un enfant était allaité exclusivement, jusqu'à 6 mois, plus le niveau de symptômes de TDAH observé était faible à ces trois âges. L'effet protecteur augmente avec la durée et l'intensité de l'allaitement, pour atteindre son maximum avec un allaitement exclusif prolongé jusqu'à 6 mois.
Fait notable, l'étude a observé des différences selon le sexe de l'enfant : les filles présentaient les associations les plus marquées, à tous les âges étudiés.
Les chercheurs rappellent que l'hérédité reste probablement le principal facteur de risque du TDAH, et que les troubles du neurodéveloppement résultent toujours de multiples facteurs combinés, génétiques et environnementaux.
Quels mécanismes biologiques en jeu ?
Le lait maternel ne se résume pas à un apport nutritionnel. Il contient des macronutriments, des vitamines, des pré- et probiotiques, ainsi que des composants immunitaires et d'autres éléments bioactifs qui peuvent influencer à la fois le développement du système immunitaire et celui du cerveau au cours des premiers mois de vie. C'est cette richesse biologique qui pourrait expliquer, en partie, les associations observées dans ces deux études.
Ce que ces résultats signifient, et ce qu'ils ne signifient pas
Il est important de garder à l'esprit que ces deux études sont des études observationnelles. Elles montrent des associations statistiques solides, sur des cohortes larges et des suivis longs, mais elles ne démontrent pas de lien de cause à effet direct et exclusif. Les auteurs des deux études le rappellent eux-mêmes et appellent à poursuivre les recherches pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
Il est également essentiel de rappeler que de nombreuses femmes n'allaitent pas aussi longtemps qu'elles le souhaiteraient, ou pas du tout, pour des raisons de santé, professionnelles ou de manque de soutien. Dans l'étude norvégienne, les participantes ont en moyenne allaité exclusivement moins de 4 mois, ce qui montre bien l'écart entre les recommandations et la réalité du terrain. Ces données ne sont pas une invitation à culpabiliser, mais une information pour celles qui peuvent et souhaitent allaiter, et pour celles qui s'interrogent sur la durée à privilégier.
Lorsque l'allaitement exclusif n'est pas possible ou pas souhaité, les préparations infantiles à base de lait de vache restent l'alternative recommandée durant les douze premiers mois de vie.
En résumé
Ces deux études récentes, l'une portant sur près de 4 000 enfants suivis jusqu'à 24 ans, l'autre sur plus de 37 000 enfants suivis jusqu'à 8 ans, convergent sur un point : un allaitement exclusif d'environ 4 à 6 mois est associé à des bénéfices mesurables, à la fois sur le risque d'asthme et de sensibilisation allergique, et sur les symptômes de TDAH durant l'enfance. Ce sont des données utiles pour éclairer une décision personnelle, dans un contexte où chaque situation reste unique.
Sources : Kull et coll., cohorte suédoise BAMSE, suivi jusqu'à 24 ans (résultats rapportés par le Pr Guy Dutau, JIM, juin 2026) ; université de Bergen, Norvège, cohorte de naissance norvégienne (résultats rapportés par Euronews, juin 2026).

